“La photo est l’expression de la finitude de la vie.”
Chaque instant est voué à disparaître. C’est cette certitude qui m’obsède et qui me pousse à photographier. Comme un samouraï qui redoute le moment où il devra dégainer, je vis avec la crainte de voir s’échapper l’instant parfait, celui qui ne se représentera jamais.
Il y a la frustration d’arriver trop tard, de ne pas être au bon endroit, de voir la lumière basculer une seconde avant d’appuyer sur le déclencheur. Cette frustration, je la connais intimement. Mais elle fait partie du chemin. Elle me rappelle que la photographie n’est pas une science exacte: c’est une discipline exigeante, où chaque geste compte, où la patience et la vigilance sont aussi essentielles que le regard.
Et puis, il y a l’autre face de cette obsession: la liberté de parcourir le monde avec mon appareil comme unique compagnon. La liberté de croiser des inconnus, de partager des instants fugaces avec eux, et de leur donner une place dans la mémoire. La liberté, aussi, de me tenir témoin d’un lieu, d’une rencontre, d’un moment d’exception qui mérite d’être gravé.
Chaque photo est une pièce d’artisanat. Elle nait de cette tension entre la peur de perdre et le bonheur de saisir. Elle porte en elle le doute, l’effort, mais aussi l’évidence de ce qui ne reviendra pas. Comme une lame forgée la main, elle est le fruit d’une obsession qui ne me quitte jamais: arrêter le temps, ne serait-ce qu’un instant, avant qu’il ne s’échappe à jamais.